Publié vendredi 7 septembre 2012, à 12:10

Quand on travaille sur l’expo cerveau, un concept se révèle vite fondamental, celui de la plasticité neuronale. Pour faire simple, c’est la capacité du cerveau à évoluer, et ce tout au long de la vie. Jusque dans les années 1970, on croyait que tout était câblé une bonne fois pour toutes, mettons, après l’adolescence. En fait, c’est tout l’inverse ! Les connexions neuronales ne cessent de se faire et de se défaire. Le psychiatre Norman Doidge en présente les principaux aspects dans Les étonnants pouvoirs de transformation du cerveau. Cet ouvrage très accessible offre une approche de l’une des plus grandes révolutions du XXIè siècle. Un documentaire en a par ailleurs été tiré. A moins de s’appeler Will Hunting, c’est tout de même plus rapide que d’en lire les (passionnantes) 400 pages…

Rien n’est jamais définitif. Le cerveau n’est certes pas un muscle, pourtant, il se comporte un peu de la même manière : plus on le sollicite, plus il est performant. C’est vrai dans tous les domaines. Cela ne veut surtout pas dire que le cerveau est malléable, et que du jour au lendemain on peut tout changer ! Pour bien comprendre le concept de plasticité, il faut vraiment penser à la matière plastique : quand on la tord dans un sens ou dans un autre, elle prend le pli. Le cerveau fait exactement la même chose avec tous nos comportements : plus on les répète, plus il prend le pli (je ne peux ici que l’évoquer, mais on retrouve assez bien l’idée de pli développée par Gilles Deleuze). Ça marche avec les bonnes habitudes comme avec les mauvaises. On appelle cela le « renforcement synaptique » ; le cerveau se modifie sans cesse en fonction de l’expérience vécue.

Origami de Hatori Koshiro

Christopher Reeve, Superman

La plasticité peut permettre de recouvrer des fonctions perdues, comme après un accident vasculaire cérébral, ou dans certains cas de paralysies. L’acteur Christopher Reeve, est un bon exemple de ces possibilités : il a lui-même fait des progrès spectaculaires dans sa lutte contre sa tétraplégie. Et pas besoin d’être Superman pour cela !

Cependant, la plasticité neuronale n’a pas que des avantages. Si elle permet d’évoluer, et de pouvoir toujours apprendre, elle signifie aussi qu’il peut être très difficile de modifier un comportement, si on a beaucoup « pris le pli ». De même, plus on (se) répète les mêmes choses, moins on sera capable d’appréhender le nouveau. L’analogie avec le muscle signale enfin que moins on sollicite notre cerveau, moins il est réactif, c’est-à-dire que la paresse entraine la paresse. La plasticité cérébrale est donc à penser comme un cercle, qui peut être un cercle vertueux comme un cercle vicieux. Modifions donc l’adage, et affirmons que la curiosité est un très beau défaut !

Pour aller plus loin, on pourra lire Catherine Malabou, philosophe, qui explore les implications de la plasticité, notamment dans Que faire de notre cerveau ? La souplesse, avatar de la plasticité, ne signifie pas le changement du tout au tout, mais plutôt une sorte de continuité dans le changement. On pense au paradoxe du bateau de Thésée : à force de réparations, il n’y a plus un seul élément « d’origine » ; s’agit-il toujours du même bateau ? De même, la plupart de nos cellules se renouvellent constamment, pourtant nous restons nous-mêmes ! Le concept de plasticité peut permettre de penser ce qui n’a que l’apparence du paradoxe : le même toujours différent.

Pour conclure et comme un bonus, je vais faire honneur à mon titre :)

Yann Deret Le Berre
Médiateur scientifique à Cap Sciences